Mari Yamazaki
Article Mari Yamazaki - Sous le charme de la Rome antique...
Article rédigé par Ramza le 25 Juin 2012 (dernière modification le 25 Juin 2012)
C'est lors du dernier Salon du Livre de Paris que nous avons pu rencontrer la talentueuse Mari Yamazaki, auteure de THERMÆ ROMÆ.L'œuvre de cette mangaka passionnée par la Rome antique fait sensation depuis sa publication au Japon, où les premiers tomes se sont vendus à 5 millions d'exemplaires et ont donné lieu à un anime et un drama. En France, ce sont les éditions SAKKA/casterman qui ont décroché le gros lot et nous font profiter depuis le mois de mars des aventures de Lucius, un jeune architecte romain qui ne cesse de voyager dans le temps entre Rome antique et Japon contemporain.
À l'occasion de la sortie du troisième volume ce 27 juin, voici l'interview de Mari Yamazaki, avec qui nous avons pu longuement discuter de son parcours, de son amour pour l'Europe, l'Italie et les thermes ainsi que de ses personnages et inspirations parfois surprenantes…
- Bonjour Mari Yamazaki ! Quand on lit votre biographie, on découvre qu’à 14 ans vous avez quitté le Japon, seule, pour aller en Europe… Pourquoi ?

Toute petite, j’ai été exposée à l’art occidental dans ma famille, je me suis mise à dessiner dès mon plus jeune âge. Ma mère en était consciente et c’est elle qui m’a incitée à partir en Europe. De par sa formation et son métier de musicienne classique, elle y avait beaucoup de connaissances. Elle m’a donc envoyée chez ses amis, en Allemagne notamment. Il y a cependant une semaine où je suis allée seule à Paris et j’en ai profité librement pour arpenter les musées parisiens.
- Depuis que vous avez quitté l'Europe, qu’est-ce qui vous manque le plus ?
- Votre style graphique dénote pas mal des productions nippones habituelles, ça vient de votre vie artistique en Europe ?
Je ne suis pas une personne qui lit beaucoup de mangas, bien au contraire.Ma culture graphique, c’est celle de la peinture à l’huile, qui est très différente. Je ne me suis pas mise au manga parce qu’un mangaka m’avait influencée. J’ai réalisé mon premier manga un peu toute seule dans mon coin, avec mes propres influences, avec ce que j’étais moi-même.
- Y-a-t-il, néanmoins, des mangakas que vous appréciez tout particulièrement ?
- Comment vous est venue l’idée de THERMÆ ROMÆ ?
À un certain moment, je me suis intéressée à la Rome antique… Et plus j’en découvrais sur cette période, plus je lui trouvais des points communs avec le Japon contemporain, notamment sur le chapitre des bains.À ma connaissance, il n’y a pas d’autres peuples, quels que soient l’époque ou le lieu, qui n’aient plus aimé et pratiqué le bain que les Romains de l’Antiquité et les Japonais d’aujourd’hui. Le voyage dans le temps est donc devenu l’artifice idéal pour relier ces deux époques.
- En dehors des bains, qu’est-ce qui vous attire autant dans la Rome antique ?
Certaines personnes ont une passion pour le futur, pour ce qui va arriver. Moi j’ai le même intérêt, mais pour le passé.
- Pour ceux qui aiment la Rome antique, quels sont les lieux qui vous ont marquée et que vous nous conseilleriez ?
J’ai visité des ruines à Rome mais aussi en Sicile, en Grèce et dans le sud de l’Italie. Mais celle qui m’a le plus marquée c’est la Villa d’Hadrien, en périphérie de Rome, celle où il y a le Canope.C’est un espace où l’empereur Hadrien, qui s’intéressait énormément à l’architecture, a pu construire tous les projets qui lui passaient par la tête. Plus j’étudie Hadrien, plus je me dis qu’avant d’être un empereur, c’était un architecte.
- Votre mari étant italien, est-ce qu’il joue ou a joué un rôle important dans la construction du scénario ?
Plutôt que de participer, il est plutôt circonspect… Mari Yamazaki imite alors son mari, un peu catastrophé : « Mais qu’est-ce que tu va nous écrire, qu’est-ce que tu vas encore inventer ?! » (Rires)Par exemple, pour la couverture du volume 3, il y a une illustration d’une statue, celle du prêtre troyen Laocoon. Quand j’ai réalisé le dessin de cet illustre personnage de la guerre de Troie et que je lui ai collé une crête japonaise qu’on utilise pour éviter de se mouiller les cheveux… Mon mari s’est fâché ! (Rires)
- Justement, en parlant de crête… Dans chaque histoire, Lucius découvre un objet du quotidien des Japonais qu’il trouve ingénieux et ramène dans la Rome antique. Comment sélectionnez-vous ces objets ?
Ce n’est pas tant moi qui décide les découvertes que va faire Lucius que lui-même. Disons que l’architecture d’un épisode est la suivante : Lucius, dans la Rome antique, a un problème. On lui a passé une commande et il est dans l’impasse, il ne sait pas comment l’honorer. Il voyage alors dans le temps et, comme par hasard en arrivant au Japon, il découvre un objet qui résout son problème.
Pour Lucius, je me suis inspirée du héros Lucius Vorenus, de la série télévisée Rome de HBO.
Son côté très sérieux, pointilleux et pince-sans-rire vient plutôt de mon entourage, de mon mari notamment. (Rires)
Quand j’ai commencé à dessiner ce manga, j’étais loin d'imaginer qu’un jour ce titre remporterait des prix. Je pensais même qu’il ne rencontrerait aucun succès…
- La série est prévue en six volumes… Était-ce un choix dès le départ ?
- THERMÆ ROMÆ a remporté plusieurs prix (Grand Prix du Manga, Prix Osamu Tezuka, etc). Que représentent-ils pour vous ?
Quand j’ai commencé à dessiner ce manga, j’étais loin d'imaginer qu’un jour ce titre remporterait des prix. Je pensais même qu’il ne rencontrerait aucun succès…Au moment où je les ai reçus, j’ai eu une petite inquiétude… J’ai senti une sorte de pression et j’avais peur de ne plus pouvoir dessiner librement. Heureusement, pour l’instant, ce n’est pas le cas.
- Vous nous dites que vous avez beaucoup douté du succès de ce manga au départ… Cela a-t-il été difficile de convaincre les éditeurs ?
Pour commencer, j’ai présenté l’idée à de gros éditeurs qui m’ont dit : « La Rome antique et les bains… Ça ne va pas du tout marcher comme manga, les Japonais ne vont pas s’y intéresser. »Ensuite je suis allée voir un éditeur plus petit, hors des sentiers battus : enterbrain. Et ça a tout de suite fonctionné (THERMÆ ROMÆ débute le 11 janvier 2008 dans le magazine de prépublication COMIC BEAM de l'éditeur nippon, NDLR).
- Y a-t-il une autre époque que vous aimeriez traiter dans un manga ? Et concernant le lieu, vous avez voyagé dans d’autres pays comme l’Allemagne et la France : est-ce qu’ils pourraient vous servir de base pour une autre œuvre ?
Bien évidemment, les autres pays d’Europe m’inspirent énormément et je les mets en scène dans un manga que je suis en train d’écrire en ce moment. Ce sont des récits courts regroupés sous le nom Chikyū Renai (publiés dans le Kiss+ de KODANSHA depuis 2010, NDLR). Il s’agit d’histoires d’amour qui se déroulent tout autour du globe, au Danemark, au Portugal, en Allemagne, etc.
- Un peu d’imagination pour finir : si en prenant un bain public, vous vous retrouviez à Rome à l’époque de Lucius… Que feriez-vous ?
La première chose… Je cours directement aux thermes ! (Rires) Après je pense que je me baladerais pour voir si cette authentique Rome antique correspond à celle que j’ai dessinée.
Pour finir, Mari Yamazaki accepte alors de réaliser une dédicace et nous en profitons pour allonger un peu la conversation… Elle se dit ravie de sa première rencontre avec le public français.
Notre interprète, qui se trouve être le traducteur de THERMÆ ROMÆ, nous explique également que son travail est aussi enrichissant que volumineux, notamment lors des doubles pages explicatives sur la Rome antique qui reviennent régulièrement dans le manga.Le dessin terminé, cette entrevue touche à sa fin et nous repartons, dédicace sous le bras, conquis !
Remerciements à Mari Yamazaki pour sa gentillesse, à notre interprète et à Valentine des éditions SAKKA/casterman pour la mise en place de cette interview.
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