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DOSSIER MANGA

Interview Ki-oon : Marché du manga - croissance et catalogue

  • En 2009 vous décidez de passer d’un catalogue d’une cinquantaine de titres pour l’année en cours à un catalogue 2010 de soixante dix-sept titres. Pourquoi ?

Cécile Pournin et Ahmed AgneAhmed : J’ai envie de te dire « parce que » ! (Rires)

Cécile : Cela faisait trois ans qu’on était stable, avec environ cinquante titres par an. Il était donc temps de passer à la suite. Au lieu d’y aller progressivement et d’en publier quelques uns de plus chaque année, on a vu qu’on était mûr pour passer à l’étape suivante. Ça se passait bien, ce qu’on sortait était bien accepté, on avait le temps de travailler sur chaque titre.
 
De plus on avait renforcé l’équipe : on est passé de deux à huit personnes en trois ans. On avait donc les personnes pour le faire.

Ahmed : La seule limite qu’on ne s’est jamais fixé, par rapport au nombre de publications, c’est de considérer qu’on s’est planté si on n’arrive plus à faire de la promo et faire parler de chacun des titres qu’on sort…

Cécile : Ça et faire un bon boulot sur chaque titre, en ayant une orthographe et une mise en page nickel, etc.

Ahmed : Tant que ça c’est respecté, ça ne nous pose pas de problème.


  • La priorité est donc le respect de vos standards de qualité, plus qu’un nombre précis de titres…
Ahmed : Exactement.

Cécile : Mais sans vouloir noyer le marché pour autant. On est passé de quatre titres par mois à sept-huit titres par mois…

Ahmed : Ce qui est la moyenne basse pour un éditeur de premier plan.

KurokawaCécile : En dessous de nous il n’y a guère que Kurokawa. Les autres vont jusqu’à quinze-seize sorties par mois, comme Glénat, Pika ou Kazé Manga & Asuka

Ahmed : Après ce n’est pas un problème en soit mais la question est de savoir si, en sortant quinze titres par mois, tu peux tous bien les défendre. Si tu arrives à le faire, bravo pas de soucis. Mais la plupart du temps sur tous ces titres, certains sont envoyés au bûcher.


  • En 2009 la crise était là, donc comment avez-vous pu financer tout ça, il a fallu convaincre des banques ?
Cécile : On n’a pas eu à convaincre de banques car on n’a pas de prêt, on fonctionne sur nos fonds propres.

Ki-oonAhmed : On a commencé tout petit. Au début de la boite on a fait quelques prêts mais pas beaucoup et on a toujours avancé progressivement. À chaque fois qu’on avait assuré assez de trésorerie pour passer à l’étape suivante, on allait voir d’autres éditeurs japonais, etc.

Cécile : C’est la même chose dans nos relations avec les éditeurs japonais. On a dû gagner leur confiance petit à petit, en prouvant qu’on savait faire du bon boulot…

Mais quand un éditeur japonais donne la licence d’un titre, il ne s’arrête pas forcément à la taille de la structure de son interlocuteur français. Ils ne sont pas là à dire «  Chez Ki-oon, ils ne sont que huit, avec des bureaux qui ne font que 90m²… ».

Ils s’intéressent aux ventes moyennes des titres. Or, sur les dernières années, les ventes moyennes des séries lancées par Ki-oon sont au-dessus de celles de la plupart des autres éditeurs. Il ne doit guère y avoir que Kurokawa devant nous, en vente moyenne par titre.

Ahmed : La principale force de notre catalogue et une de nos grandes fiertés, c’est qu’il est composé de très nombreux titres qui marchent bien, et non pas de deux-trois blockbusters qui cachent une forêt de mangas qui n’ont pas trouvé leur public.


  • Ce bond en avant reste toutefois une prise de risque. Est-ce que sur l’année 2010 et les débuts 2011, cette augmentation a porté les fruits escomptés ?
Cécile : En 2010 on a fait +25% en parts de marché, et en 2011 on sera encore en progression. Donc pour l’instant ça se passe bien, dans un marché qui est pourtant en baisse.


  • En augmentant votre nombre de titres vous avez également diversifié votre catalogue, spécialisé au départ dans la fantasy et le seinen. Est-ce encore possible d’être l’éditeur d’un seul genre ou d’un seul sous-genre du manga ?
Ahmed AgneAhmed : A quatre-vingt titres par an, non, ce n’est plus possible. On a commencé en sortant cinq-dix titres de fantasy par année, parce que ce sont des titres qui nous plaisaient, mais si on s’était “forcés” à sortir quatre-vingt mangas de fantasy chaque année, on se serait juste condamnés à sortir de sombres merdes juste pour les sortir.

Cécile : Il y avait au départ le désir de se placer sur le marché avec une ligne éditoriale claire, celle du seinen et de la fantasy. Mais ça ne voulait pas forcément dire qu’on ne voulait faire que ça, on voulait surtout être facilement identifiables dès le début.

Ahmed : Maintenant qu’on a plus de moyens humains, ça nous libère du temps à Cécile et moi, qu’on peut consacrer à notre cœur de métier à savoir lire des mangas. Et plus on en lit, plus on en découvre !

Mais, petite précision importante, on s’est diversifiés sans pour autant suivre les modes. On n’est toujours pas des grands fans de shōjo ou de yaoï, notre catalogue reste en adéquation avec nos goûts.


  • Justement, qu’est-ce qui caractérise aujourd’hui le catalogue Ki-oon ?
Ahmed : Le bordel ! (Rires)

Cécile PourninCécile : Le pire, c’est qu’on n’a pas de collections, c’est ça qui est tragique. La seule chose unificatrice c’est qu’on a lu le manga et qu’on l’a aimé. On se refusait jusqu’ici à classer le catalogue en collections parce qu’on estimait ne pas avoir suffisamment de titres pour le faire mais je pense qu’il faudra qu’on y vienne.

Ahmed : Mais il y a un truc qu’on a toujours bien aimé dans notre catalogue et que l’on peut observer dans les salons comme Japan Expo avec les lecteurs qui nous suivent depuis le début. Ce sont souvent des lecteurs de fantasy ou de seinen mais quand on leur dit « Tiens, tu devrais essayer ce truc-là », ils nous répondent « Ah ça ressemble à un shōjo, ce n’est pas mon truc mais je vous fais confiance ». Et quand ils reviennent en nous disant « Ce n’est pas ma came d’habitude mais j’ai lu et j’ai bien aimé », on est super contents parce qu’on a l’impression d’avoir sorti les gens de leurs habitudes.

Rédigé par Ramza le 13 Mai 2011
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COMMENTAIRES
29 commentaire(s) | Ajouter un commentaire
Posté le 24 Février 2016 à 13h51Par gagnerdelargent.tv (invité)
Avatar de Invité
Impensable, je ne connaissait pas votre site, vous etes maintenant bookmarker !
gagnerdelargent.tv http://www.gagnerdelargent.tv/
Posté le 09 Octobre 2011 à 19h41Par Alexanders (invité)
Avatar de Invité
Bonjour a tous!,

je suis un jeune fan de manga qui attend d'avoir son bac arts appliqués pour se lancer dans le métier de mangaka.
J'ai beaucoup de questions a ce sujet :
1) pour présenter un projet sous quel format il est préférable de présenter le tout? je pense bien qu'un format A4 ne conviendra pas
2) si jamais je suis édité et que je veux donner mes planches format B4 tramées ect... comment la maison d'édition pourrais se débrouiller et redimmensionner les planches fromat manga (13x18 a peu près) sans avoir des soucis de moirage avec les trames??
3) a votre avis quelle maison d'édition accepterais d'éditer un manga français?
ne me répondez pas Pika edition je me suis mis au courant ils possedent une charte sous laquelle le heros doit etre un adolescent pas plus de 18ans, il doit vivre dans une ville française ect... tout plein de critère empechant la parution de mon histoire se situant dans un époque ou les frontière n'existent plus...

MERCI a ceux qui vont me répondre :)
Posté le 28 Septembre 2011 à 15h19Par shinjisanji (invité)
Avatar de Invité
oui super interview pour le scantrad ba se sont pas des fans qui le font. Ils pensent deja avoir une bonne traduction et c'est loin d'être le cas des fois même cela dénature le manga et puis quelle est l'interet d'un editeur de voir le marche par le scantrad ?? aucun si ils sortent ce manga c'est qu'il est deja passé par suffisament d'etape donc une étude par le scantrad hahahaha.
Moi je voi juste une destruction du marché et des complaintes de gosses qui veulent se prendre pour des éditeurs dans ce cas a eux de créer leurs propres maison d'édition XD.
Le manga est avant tout un bouquin certe on le paye mais alors l'oeuvre d'une personne a un prix .... de toute maniere c'est une question d'education et de respect qu'on apprend en lisant par exemple donc traduisez mais lisez ce que vous traduisez cela vous apprendra peut être certaines choses de toute facon vous pensez avoir raison le jour ou le manga coulera on sera vers qui se tourner :) et quelques dizaines de milliers de réel fan aux fesses ca peut etre assé marrant ;) surtout avec de bon hacker parmis eux ^^
Posté le 12 Juillet 2011 à 21h38Par KNIGHT (invité)
Avatar de Invité
J'ajouterais à l'interview, et les 2 responsables de Ki-oon ne pensaient même pas utiles d'en parler, un titre qui a construit son public, il n'est plus utile d'en parler ou d'en faire la pub, en tout cas de manière moins intesive que pour d'autres titres.

Et merci à la rédaction d'Animeland, qui me semble marcher main dans la main avec les éditeurs, et offre pas mal de pub aux titres s'il en était besoin. Normal, ce qui fait du bien au marché du manga, fait du bien au mag.

@Ramza : ce qui est quand même dommage et regrettable, c'est quand un magasin ou une chaine de magasins comme Cultura ou Le Guret du Nord organise une opération "spécial mangas", ce sont en général les gros titres, les blockbusters qui sont mis en avant et poussés à la vente, comme s'ils en avaient besoin !
Et pour la qualité de ces blockbusters, merci, mais non merci. Naruto est dessiné de façon sommaire, simpliste, les traits des visages sont réduits au minimum, les décors sont de plus en plus absents. Bleach, ce n'est plus que de la baston non stop, sans réelle avancée scénaristique, avec peut-être aussi les mêmes défauts signalés plus haut. Pour ces très grosses machines, ces mannes financières, les auteurs sont pris au piège de leur succès : ils n'ont plus qu'à se reposer sur leurs acquis, sans forcer (leur talent. Je critique les tomes actuels, attention). Malheureusement...
Posté le 12 Juillet 2011 à 17h46Par Tsukinohime
Avatar de Tsukinohime
Super interview qui permet d'en découvrir plus sur Ki-oon et comment ils sont arrivés là.
j'aime beaucoup comment il s'explique, net et précis.
Le point que je trouve tout à fait vrai c'est au niveau de la campagne de publicité, ils ont tout compris j'ai envie de dire.

Sa fait plaisir, j'aime beaucoup cette maison d'édition ^^

Posté le 12 Juillet 2011 à 15h41Par Asagi
Avatar de Asagi
Cette petite interview de Ki-oon fait franchement plaisir
Posté le 12 Juillet 2011 à 00h55Par Ramza
Avatar de Ramza
Mackie > Je suis comme toi, habitué et trouvant plus confortable le format papier. Mais on n'est plus tout jeune et c'est, peut-être, une question générationnelle, une habitude.

En tout cas je plussoie le fait que le manga d'occasion constitue une vraie alternative, j'ai découvert Inio Asano (entre autres) de cette manière et je comble quelques trous de la mangathèque ainsi.
Posté le 11 Juillet 2011 à 23h21Par Mackie
Avatar de Mackie
franchement, je ne comprends pas l'intérêt pour le scantrad. un manga n'est pas un anime, ça ne se lit par sur écran mais sur papier ! où est le plaisir de tourner les pages sinon? lire un scantrad, j'ai essayé pour voir et franchement ça me fatigue les yeux, et je n'ai pas l'impression de découvrir une oeuvre.
en dehors de cela, je suis persuadé que la question du prix ne tient pas. c'est une question de choix. j'ai un budget manga, c'est l'argent que je ne mets pas dans d'autres trucs qui me le permet. par exemple, je n'ai pas de portable, pas d'abonnement. question de choix. de plus, il est très facile d'acquérir des mangas, même neufs, à bas prix : les sites d'occase sont là pour ça... idem avec les dépôts-vente et les boutiques d'occase. et ne me dites pas qu'il n'y en a qu'à paris : je vis en province et je n'ai aucun mal pour acheter des mangas à 1€ pièce ! récement : j'ai acheté des city hunter (deluxe), naru taru, amanchu, gunsmith cats, junji ito, mpd psycho, orion, appleseed, etc... à chaque fois que j'y vais, je vois aussi des shonen grand public au kilo : naruto, dragonball, fairy tail, one piece en veux-tu en voilà... bon, ça j'achète pas, question de goût, mais franchement, quand on est fauché, et je m'y connais, rien de plus facile que d'acheter des tonnes de mangas.
et j'achète même du neuf.
alors le scantrad? non merci.

Posté le 12 Juin 2011 à 18h47Par Ramza
Avatar de Ramza
Rakui > "Mais c'est tout de même assez intéressant de noter que ce qui intéresse les lecteurs apparemment est davantage l'avenir du scantrad et non l'avenir du manga..."

+1 (^o^)b Sans doute qu'avec le laisser aller des éditeurs dans ce domaine pendant 10 ans, certains ont peut-être cru que c'était un modèle économique viable... La bonne blague ^^;;

Pour finir, juste une précision qui n'engage que moi : les éditeurs français ont sorti 1500 tomes en 2010... Donc attention, la découverte n'est pas DU TOUT l'apanage du scantrad. C'est gratuit donc ça permet de ne prendre aucun risque, c'est différent.
Posté le 12 Juin 2011 à 18h30Par Ramza
Avatar de Ramza
H-E > En ce qui concerne les teams de scantrad je n'ai pas encore de date à te donner mais ça fait parti des projets pour la seconde moitié 2011. Tu appartiens à quel team / site ?
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