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DOSSIER MANGA

Interview Tonkam : Le marché du manga

  • Pascal Lafine, directeur éditorial des éditions TonkamPour l’année 2010, Gfk retail and Technology a annoncé une baisse du volume des ventes de mangas de 5 %. Au sein de cette baisse globale, certains éditeurs ont été plus touchés que d’autres, en subissant jusqu’a -20 %, comme Tonkam. Pour quelle(s) raison(s) ?

On a souffert pour une première raison : elle s’appelle Code Geass. On a acheté la licence et on a pris tous les titres Code Geass pour l’avoir. Le problème est que l’œuvre principale, Code Geass : Lelouch of the Rebellion, s’est bien vendue et tout le monde s'est mis dans la tête que les autres titres de la licence se vendraient aussi bien. Au final, les retours nous ont fait extrêmement de mal.

Code Geass LelouchC’est un titre qui nous a plombé toute notre année. On a quand même sorti sept titres estampillés Code Geass, sur une moyenne de douze sorties par mois, ce qui est conséquent… Surtout quand certains de nos titres forts comme Zetman ou GANTZ ne sortent qu’à un ou deux volumes sur l’année, ou que des titres comme Vagabond se mettent en pause.

Après, Tonkam est un éditeur qui marche beaucoup sur le réassort. On ne vend pas énormément à la sortie comme Glénat ou Kana avec NARUTO. On est plutôt un éditeur de fond, qui tourne énormément. Donc il y a beaucoup de titres qu’on ne place pas forcément en tête des ventes mais en un an ou deux on a quand même de bonnes ventes. C’est d’ailleurs un truc qui n’a jamais été vraiment compréhensible, que l’on vende plus de fond que de nouveautés…

Dragon QuestUn autre facteur est la fermeture d’un grand nombre de librairies. DRAGON QUEST ~ LA QUÊTE de DAÏ ~ était un titre que l’on vendait beaucoup mais on a perdu presque 5 000 ventes entre autres à cause de ces fermetures. Rajoutons que nous avons fermé la librairie Tonkam cette année également.

En fait c’est une conjonction de plusieurs facteurs qui a fait que cette année 2010 a été moins bonne.


  • Et pour 2011, à l’issue du premier trimestre, ça s’annonce comment ?
Ça va, on est remonté. On a eu beaucoup de retours au mois de mars mais c’est normal, c’est comme ça tous les ans pour tous les éditeurs, ce sont les retours de Noël. Donc pour l’instant on est optimiste.


  • Finalement est-ce que les mauvais chiffres de 2010 ont eu un impact ?
Les éditions TonkamÀ cause de 2010, je me retrouve en 2011 avec quasiment aucun budget pour la promotion. Je me débrouille donc comme je peux pour la promotion des titres, ce qui n’est pas évident. Ça a donc changé pas mal de choses. Comme je connais bien Virginie (ndlr : Playe, rédactrice en chef de Manga News), on arrive à s'arranger. Je fais également plus de concours… Bref, le système D.

Le problème dans le manga c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’idées donc quand une personne en a une, tout le monde s’engouffre. Par exemple quand quelqu’un s’est mis à faire de la pub dans le magazine de Mac Donald, tout le monde a suivi.

Quelqu’un rentre dans la pièce avec une question visiblement urgente pour Pascal, qui solutionne le problème rapidement, mais visiblement ce n’est pas le premier de la journée…

Et l’autre problème, comme tu peux le voir, c’est que, comme nous nous sommes séparés du directeur marketing et de mon assistante, j’ai une quantité de travail assez phénoménale.

RG Veda, dans sa version Le plus difficile pour moi c’est que j’aime beaucoup la partie fabrication, faire de beaux livres, mais ça prend du temps, ne serait-ce que pour trouver les bons imprimeurs.

Quand j’ai commencé dans le manga, les premiers éditeurs que j’ai rencontrés partaient du principe que c’était un produit « cheap », moche et pas cher et que l’on pouvait gagner de l’argent dessus sans trop y investir.

Donc dès que j’ai pu, j’ai fait de l’édition Deluxe comme celle de BouddhaRG Veda, etc. J’essaye d’aller vers le qualitatif, mais ce n’est pas évident.


  • Si on regarde l’année 2010 avec un peu de recul, on s’aperçoit que le nombre de publications augmente alors que le nombre de ventes baisse…
Ça c’est logique. En fait il y a trois étapes qu’il faut distinguer quand un marché va mal. Les ventes moyennes baissent à cause d’un nombre d’éditeurs trop important, ce qui est le cas du marché du manga.

Évolution du nombre de publicationEn 2004, il y avait 54 titres par mois pour 16 éditeurs. Aujourd’hui on se situe à 150 titres par mois et sur 2010 il y a au moins 79 éditeurs. Donc les ventes moyennes des éditeurs se divisent.

Pour rattraper les ventes perdues, les éditeurs augmentent alors le nombre de titres, afin de ne pas faire baisser le chiffre d’affaires et de ne pas perdre des employés. Moi j’ai décidé de ne pas prendre cette décision parce que j’estimais que 12 titres par mois c’est déjà bien assez mais du coup on a dû se séparer de deux personnes. C’est un véritable crève-cœur, mais ça permet de se stabiliser.

Néanmoins le marché a vraiment changé, parce qu’avant une bonne vente dans le manga c’était un peu près 8 à 10 000 exemplaires et qu’aujourd’hui on se situe plus entre 3 et 6 000.

Donc tu sors davantage de titres pour compenser. Certains choisissent de sortir moins de titres mais quand on fait ce choix, c’est souvent pour sortir du marché, allez vers d’autres choses, sauf si tu as un best-seller qui te permet de faire ça.

Évolution du nombre de titres par éditeurAprès la multiplication des titres qui a été faite en 2010, la seconde étape c’est l’augmentation des prix, pour rattraper le chiffre d’affaire. C’est pour ça que cette année la grande majorité des éditeurs ont augmenté le prix de leurs mangas… Ça et l’augmentation du prix du papier malheureusement.

Enfin, concernant l’augmentation du nombre de titres… Les Japonais ont changé de fonctionnement parce que ça va mal chez eux aussi, dans le domaine du manga.

Quand on achetait un titre, on le faisait pour 3 ans, ce qui nous laissait donc cette période pour le sortir en France. Dorénavant sur les nouveaux contrats cette période est réduite à un an, voire moins. Les éditeurs japonais nous forcent à sortir les titres tout de suite et quand tu n’as pas de place au planning ça pose problème.

En fait c’est un cercle vicieux parce qu’on raccourcit le temps de sortie des titres. Mais comme il y a beaucoup d’éditeurs et qu’il leur faut des livres, on se bat de plus en plus pour avoir des titres et de plus en plus tôt pour les acquérir, avant même de savoir ce qu’ils valent parfois.

Samurai Deeper Kyo, en volume double ,chez KanaSauf que si tu te bats pour ne pas perdre un titre alors que ton planning est déjà plein, tu remplis ton stock, donc ça t’oblige à augmenter ton nombre de parutions… Ou alors tu fais comme Kana tu sors des gros volumes, pour accélérer ton rythme. C'est un choix !


  • Le marché tient sur quelques séries phares, mais comment on fait pour faire vivre les autres titres ?
C’est grâce à ses séries que le manga tient, qu’il continue à exister. Ce sont des best-sellers qui servent d'étendard, ce sont eux qui font vivre le reste.

C’est comme ça que s’est monté chez Kana d’ailleurs, en commençant avec du commercial avant de sortir des titres plus culturels. Chez Tonkam, on a fait les choses dans l’autre sens. Au lieu de débuter par des titres commerciaux pour faire après ce qu’on a envie, on a fait dès le départ des titres découvertes.

Amer Béton IntégraleKana a commencé avec Saint Seiya, Yuyu Hakusho, des titres qui leur ont ramené plein d’argent pendant des années. De notre coté on a sorti des titres comme Amer Béton.

Mais au bout d’un moment on a dû changer notre fusil d’épaule, pour pouvoir continuer à faire les titres qu’on aime. Grâce à NARUTO entre autres, Kana peut maintenant sortir les titres qu’ils veulent.

Mais le public voit ça comment ? Il dit que Tonkam est un éditeur qui se pervertit parce qu’il commence à faire du commercial. Et que Kana est un éditeur qui s’anoblit… Sauf que, maintenant, Kana arrive plus facilement à obtenir ce type de titres que nous, Casterman ou Akata. Alors que nous en avons toujours fait !

Naruto 53Simplement, Kana arrive en leur expliquant qu’avec ses ventes de NARUTO il peut facilement placer ce genre de titres. Les éditeurs nippons sont sensibles à ces arguments. C’est comme ça que fonctionne le marché… (Rire ironique)


  • Et le coté militant dans tout ça ?
Le coté militant, c’est fini ! Si on avait continué, dans deux ans on était mort. Cependant Tonkam ne peut pas faire du trop commercial, parce qu’on ne peut pas transformer un éditeur qui a fait Bouddha en un éditeur qui fait du ONE PIECE, il y aurait une cassure. On a plutôt fait le choix d’avoir un catalogue homogène, avec la même quantité de shōnen, de shōjo et de seinen.
Rédigé par Ramza le 13 Mai 2011
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COMMENTAIRES
29 commentaire(s) | Ajouter un commentaire
Posté le 24 Février 2016 à 13h51Par gagnerdelargent.tv (invité)
Avatar de Invité
Impensable, je ne connaissait pas votre site, vous etes maintenant bookmarker !
gagnerdelargent.tv http://www.gagnerdelargent.tv/
Posté le 09 Octobre 2011 à 19h41Par Alexanders (invité)
Avatar de Invité
Bonjour a tous!,

je suis un jeune fan de manga qui attend d'avoir son bac arts appliqués pour se lancer dans le métier de mangaka.
J'ai beaucoup de questions a ce sujet :
1) pour présenter un projet sous quel format il est préférable de présenter le tout? je pense bien qu'un format A4 ne conviendra pas
2) si jamais je suis édité et que je veux donner mes planches format B4 tramées ect... comment la maison d'édition pourrais se débrouiller et redimmensionner les planches fromat manga (13x18 a peu près) sans avoir des soucis de moirage avec les trames??
3) a votre avis quelle maison d'édition accepterais d'éditer un manga français?
ne me répondez pas Pika edition je me suis mis au courant ils possedent une charte sous laquelle le heros doit etre un adolescent pas plus de 18ans, il doit vivre dans une ville française ect... tout plein de critère empechant la parution de mon histoire se situant dans un époque ou les frontière n'existent plus...

MERCI a ceux qui vont me répondre :)
Posté le 28 Septembre 2011 à 15h19Par shinjisanji (invité)
Avatar de Invité
oui super interview pour le scantrad ba se sont pas des fans qui le font. Ils pensent deja avoir une bonne traduction et c'est loin d'être le cas des fois même cela dénature le manga et puis quelle est l'interet d'un editeur de voir le marche par le scantrad ?? aucun si ils sortent ce manga c'est qu'il est deja passé par suffisament d'etape donc une étude par le scantrad hahahaha.
Moi je voi juste une destruction du marché et des complaintes de gosses qui veulent se prendre pour des éditeurs dans ce cas a eux de créer leurs propres maison d'édition XD.
Le manga est avant tout un bouquin certe on le paye mais alors l'oeuvre d'une personne a un prix .... de toute maniere c'est une question d'education et de respect qu'on apprend en lisant par exemple donc traduisez mais lisez ce que vous traduisez cela vous apprendra peut être certaines choses de toute facon vous pensez avoir raison le jour ou le manga coulera on sera vers qui se tourner :) et quelques dizaines de milliers de réel fan aux fesses ca peut etre assé marrant ;) surtout avec de bon hacker parmis eux ^^
Posté le 12 Juillet 2011 à 21h38Par KNIGHT (invité)
Avatar de Invité
J'ajouterais à l'interview, et les 2 responsables de Ki-oon ne pensaient même pas utiles d'en parler, un titre qui a construit son public, il n'est plus utile d'en parler ou d'en faire la pub, en tout cas de manière moins intesive que pour d'autres titres.

Et merci à la rédaction d'Animeland, qui me semble marcher main dans la main avec les éditeurs, et offre pas mal de pub aux titres s'il en était besoin. Normal, ce qui fait du bien au marché du manga, fait du bien au mag.

@Ramza : ce qui est quand même dommage et regrettable, c'est quand un magasin ou une chaine de magasins comme Cultura ou Le Guret du Nord organise une opération "spécial mangas", ce sont en général les gros titres, les blockbusters qui sont mis en avant et poussés à la vente, comme s'ils en avaient besoin !
Et pour la qualité de ces blockbusters, merci, mais non merci. Naruto est dessiné de façon sommaire, simpliste, les traits des visages sont réduits au minimum, les décors sont de plus en plus absents. Bleach, ce n'est plus que de la baston non stop, sans réelle avancée scénaristique, avec peut-être aussi les mêmes défauts signalés plus haut. Pour ces très grosses machines, ces mannes financières, les auteurs sont pris au piège de leur succès : ils n'ont plus qu'à se reposer sur leurs acquis, sans forcer (leur talent. Je critique les tomes actuels, attention). Malheureusement...
Posté le 12 Juillet 2011 à 17h46Par Tsukinohime
Avatar de Tsukinohime
Super interview qui permet d'en découvrir plus sur Ki-oon et comment ils sont arrivés là.
j'aime beaucoup comment il s'explique, net et précis.
Le point que je trouve tout à fait vrai c'est au niveau de la campagne de publicité, ils ont tout compris j'ai envie de dire.

Sa fait plaisir, j'aime beaucoup cette maison d'édition ^^

Posté le 12 Juillet 2011 à 15h41Par Asagi
Avatar de Asagi
Cette petite interview de Ki-oon fait franchement plaisir
Posté le 12 Juillet 2011 à 00h55Par Ramza
Avatar de Ramza
Mackie > Je suis comme toi, habitué et trouvant plus confortable le format papier. Mais on n'est plus tout jeune et c'est, peut-être, une question générationnelle, une habitude.

En tout cas je plussoie le fait que le manga d'occasion constitue une vraie alternative, j'ai découvert Inio Asano (entre autres) de cette manière et je comble quelques trous de la mangathèque ainsi.
Posté le 11 Juillet 2011 à 23h21Par Mackie
Avatar de Mackie
franchement, je ne comprends pas l'intérêt pour le scantrad. un manga n'est pas un anime, ça ne se lit par sur écran mais sur papier ! où est le plaisir de tourner les pages sinon? lire un scantrad, j'ai essayé pour voir et franchement ça me fatigue les yeux, et je n'ai pas l'impression de découvrir une oeuvre.
en dehors de cela, je suis persuadé que la question du prix ne tient pas. c'est une question de choix. j'ai un budget manga, c'est l'argent que je ne mets pas dans d'autres trucs qui me le permet. par exemple, je n'ai pas de portable, pas d'abonnement. question de choix. de plus, il est très facile d'acquérir des mangas, même neufs, à bas prix : les sites d'occase sont là pour ça... idem avec les dépôts-vente et les boutiques d'occase. et ne me dites pas qu'il n'y en a qu'à paris : je vis en province et je n'ai aucun mal pour acheter des mangas à 1€ pièce ! récement : j'ai acheté des city hunter (deluxe), naru taru, amanchu, gunsmith cats, junji ito, mpd psycho, orion, appleseed, etc... à chaque fois que j'y vais, je vois aussi des shonen grand public au kilo : naruto, dragonball, fairy tail, one piece en veux-tu en voilà... bon, ça j'achète pas, question de goût, mais franchement, quand on est fauché, et je m'y connais, rien de plus facile que d'acheter des tonnes de mangas.
et j'achète même du neuf.
alors le scantrad? non merci.

Posté le 12 Juin 2011 à 18h47Par Ramza
Avatar de Ramza
Rakui > "Mais c'est tout de même assez intéressant de noter que ce qui intéresse les lecteurs apparemment est davantage l'avenir du scantrad et non l'avenir du manga..."

+1 (^o^)b Sans doute qu'avec le laisser aller des éditeurs dans ce domaine pendant 10 ans, certains ont peut-être cru que c'était un modèle économique viable... La bonne blague ^^;;

Pour finir, juste une précision qui n'engage que moi : les éditeurs français ont sorti 1500 tomes en 2010... Donc attention, la découverte n'est pas DU TOUT l'apanage du scantrad. C'est gratuit donc ça permet de ne prendre aucun risque, c'est différent.
Posté le 12 Juin 2011 à 18h30Par Ramza
Avatar de Ramza
H-E > En ce qui concerne les teams de scantrad je n'ai pas encore de date à te donner mais ça fait parti des projets pour la seconde moitié 2011. Tu appartiens à quel team / site ?
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