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DOSSIER MANGA

Scantrad : les éditeurs contre-attaquent

Le scantrad est une pratique qui consiste à scanner les bandes dessinées étrangères (en l'occurrence les mangas) et à en proposer une version traduite sur internet, sans autorisation de l'auteur ou de l'éditeur concerné. Ces scans ou scanlation connaissent un franc succès en Europe et aux États-Unis, où les fans de mangas apprécient de pouvoir lire la suite de leurs séries préférées ou encore de découvrir les nouveautés en avant-première.

Ce procédé, évidemment illégal, semblait toutefois être plus ou moins toléré par les éditeurs. Mais la complaisance des maisons mère a pris fin en septembre de l'année dernière.

Kodansha et Shueisha partent en croisade


KodanshaÀ l'époque, la Kodansha (Fairy Tail, Gintama, Tsubasa Reservoir Chronicle) décide de publier elle-même ses séries aux USA. Laissant jusqu'ici les sociétés américaines gérer le problème du scantrad, l'éditeur nippon change de politique lors de son implantation aux États-Unis. Il demande pour la première fois à un site anglophone de scantrad, Manga Helpers, de retirer l'ensemble de ses scans (raws et traductions) qui concernent ses titres.

Malgré son acceptation, le fondateur pense que la fin du scantrad est encore bien loin. Il fait notamment référence à la lutte tout aussi complexe des maisons de disques contre le piratage.

Lettre ouverte ShueishaL'évènement fait le tour de tous les sites concernés : il est alors vu comme une tentative timide qui a seulement fait tomber l'une des très nombreuses têtes du scantrad. Cependant, un deuxième coup de semonce est donné en avril dernier. La Shueisha (Naruto, One Piece, Bleach), le mastodonte de l'édition manga, décide de publier une lettre à destination de ces lecteurs mais aussi des scantradeurs dans son magazine de prépublication phare, le Weekly Shonen Jump :


« À nos lecteurs :

De nombreuses personnes publient injustement des copies de nos mangas sur Internet. Ces copies illégales heurtent les sentiments des mangakas. Elles constituent également un détournement de leurs intentions de publication. Le fait de publier illégalement ces œuvres sur le net, dans lesquelles les auteurs mettent leur cœur, ne blesse pas seulement les mangakas dans leur vie réelle, mais est aussi contre la loi, même si le geste partait d’une bonne intention. À chaque fois que nous découvrons ces "copies injustes", nous en parlons aux mangakas et examinons toutes les contre-mesures possibles. Mais le nombre de personnes qui ne nous prennent pas en considération est énorme et, à l’heure actuelle, nous ne pouvons toutes les gérer. Nous avons une requête envers tous nos lecteurs. Ces copies illégales sur Internet blessent profondément la culture manga, les droits des mangakas et même l'âme des mangakas. S’il vous plaît, comprenez une fois encore que tout ceci est contre la loi. Ainsi, les mangakas et Shueisha s'occuperont sévèrement de toute copie illégale trouvée sur Internet. Nous demandons à nos lecteurs de bien vouloir continuer à nous soutenir.


- Département éditorial du Weekly Shōnen Jump »
Shonenjump.comL'éditeur le plus touché par ce piratage prend donc clairement et logiquement position contre le scantrad. Depuis plusieurs mois, le site Weekly Shōnen Jump international (image ci-contre) propose déjà son propre module de mangas en ligne et une lecture gratuite des chapitres de certaines œuvres. Ce premier pas est jugé léger par beaucoup de lecteurs internationaux, qui réclament le privilège de suivre les publications au même rythme que leurs homologues japonais.

Bien que cette lettre n'évoque pas encore la répression, certains webmasters de site de scantrad décident de fermer leur porte, comme Raw Paradise, un des poids lourds de la distribution des raws, les scans d'origine. L'objectif des éditeurs japonais semble donc d'obtenir la fermeture de ces sites qui fournissent la matière première aux équipes de traduction du monde entier.
Mais pourquoi ont-ils réagi après tant d'années de silence ? Les facteurs sont en fait multiples...

La fin du statu quo

Si on se réfère aux textes sur les droits internationaux d'auteur de la Convention de Berne, une œuvre ne peut être traduite, adaptée ou arrangée sans l'accord de son auteur ou de ses ayants-droit. Cependant, jusqu'ici, les teams de scantrad se savaient relativement à l'abri de sanction, à la condition d'arrêter de distribuer une série si elle était licenciée dans leur pays.

One PieceRelativement bien suivi sur les petites et moyennes séries, cet accord était cependant mis à mal dès qu'il s'agissait de blockbusters tels que Naruto, One Piece ou Bleach qui continuent d'être publiés illégalement, au mépris de cet arrangement. Il faut dire que ces séries amènent un flux conséquent de visiteurs, au point que certains sites de scantrad drainent des centaines de milliers de visiteurs par mois... voire davantage.

Google pointe notamment du doigt le site One Manga, qui propose des Liste Google des 1000versions anglaises de certains mangas, sans autorisation. Selon le célèbre moteur de recherche, ce distributeur de scanlation se place comme étant le 935e site le plus fréquenté au monde, soit entre 4,2 et 6,7 millions de visiteurs uniques selon le mode d'estimation, et 1,1 milliards de pages vues chaque mois. Des audiences qui peuvent faire rêver... mais aussi générer des profits, via l'e-pub. Si on effectue un rapide calcul pour ce type de revenus, ce nombre conséquent de pages pourrait générer de 22 000 à quelques centaines de milliers d'euros mensuellement, pour ce seul site. Un manque à gagner qui n'est pas du tout du goût des maisons mères.

Cette concurrence intervient en effet à une très mauvaise période. En 2009, une étude de l'Institut de Recherche des Publications, une entreprise basée à Tokyo, révèle que le marché japonais a enregistré sa plus forte baisse, de 6,6 %, pour arriver à 419 milliards de yens, soit 3,7 milliards d'euros contre près de 550 milliards de yens dix ans plus tôt. Selon les experts de l'institut, les conditions économiques difficiles engendrées par la crise financière ont poussé les lecteurs vers les manga kissa, ces cafés où l'on peut accéder à une large bibliothèque pour un tarif horaire dérisoire. On peut supposer que les scanlations, gratuits, ont également profité de cette vague.

Mangashi ShueishaMais le marché du manga est en baisse depuis de très nombreuses années au Pays du Soleil Levant et les ventes de mangashi -les magazines de prépublications nippons- sont en chute constante depuis maintenant 15 ans. Les éditeurs japonais se sont donc orientés depuis quelques temps vers le marché international, et plus récemment vers la diffusion numérique. Mais fournir un travail au-delà des frontières, rapidement et à bas prix, est un exercice que le scantrad pratique depuis longtemps, avec de plus en plus d'efficacité.

Craignant que la situation ne leur échappe, les éditeurs sont donc sortis de leur immobilisme. Mais le coup d'éclat de la Kodansha et la lettre ouverte de la Shueisha n'étaient qu'un premier pas...
Rédigé par Ramza le 13 Juin 2010
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COMMENTAIRES
23 commentaire(s) | Ajouter un commentaire
Posté le 17 Décembre 2014 à 21h25Par Gagnerdelargentbourse.fr (invité)
Avatar de Invité
Que dire de ce billet qui ma litteralement scotchez ... sublime ?
Gagnerdelargentbourse.fr http://www.gagnerdelargentbourse.fr/
Posté le 16 Novembre 2010 à 07h17Par Ramza
Avatar de Ramza
De souvenir je crois qu'un tome c'est environ 9 chapitres... c'est la cas pour Übel Blatt par exemple.

Donc oui effectivement il faut comparer le délai entre les tankobon jap et fr... d'autant que certaines planches sont retravaillées et des bonus insérés donc je dirais plutôt 2 mois et demi voir 3 mois.

Et on ne parle même pas des séries bi-mensuelles ou mensuelles ^w^
Posté le 11 Novembre 2010 à 19h10Par allegas
Avatar de allegas
Mais il y a une bonne raison au différé.

Il faudrait vérifié pour être certain mais un manga en prépublication dans les rythmes les plus soutenue c'est un chapitre par semaine produit en flux tendue, une fois quatre - cinq chapitre publié ils peuvent en faire un tome, je ne sais pas combien de temps il y a entre la prépublication et la publication mais il doit y avoir un certain délais sinon ça ferait longtemps que les magazines comme le shonen jump aurait mit la clé sous la porte.

Ensuite, il y a la politique de publication de kana, glénât et autres mais plus d'une fois ils expliquent les raisons des temps entre la VF et la VO et vraiment ça se tient d'une certaine façon.
Posté le 31 Octobre 2010 à 11h16Par Ramza
Avatar de Ramza
Lofwyr >

Le différé, c'est effectivement un argument recevable. Ça ne résout pas le fait que les auteurs ne reçoivent pas un centime alors que vous lisez leurs œuvres mais bon, c'est une réalité. Peut-être que lorsque la prépub officielle on line se fera les délais seront raccourcis.

La qualité de la traduction : le procès qui est fait au traduction est complètement faussé. Du côté des scantrad vous prenez les deux trois meilleurs en faisant croire que tous ceux qui font ça avec les pieds sont négligeables... les pires traductions et les pires mises en pages sont du coté du scantrad quand même. Ou alors garder les meilleurs, mais à ce moment là prenez les meilleurs du côté des éditeurs également, ça n'a pas de sens de comparer le meilleur de l'un avec le pire de l'autre.

Et une fois encore je me fais l'avocat du diable, ne voyez pas des arguments de lobbyiste dans mes propos, plutôt ceux de quelqu'un qui voit plus ça de l'intérieur ;)
Posté le 31 Octobre 2010 à 04h11Par Lofwyr (invité)
Avatar de Invité
Pour ma part je vois deux problèmes majeurs qui font qu'en france le scantrad est nécessaire :
- le différé des dates de parution
- la qualité de la traduction (bien qu'il est du progrès de ce coté là ces 2-3 dernières années)
Posté le 31 Août 2010 à 15h10Par Ramza
Avatar de Ramza
Tout à fait d'accord Allegas !

Il y a ce fameux accord éditeur-scantrad en France, comme dans d'autres pays, où les éditeurs font preuve de tolérance tant que ce n'est pas licencié. Les éditeurs tiennent cet accord, mais un nombre important de teams (une majorité ou pas, ça je ne suis pas assez calé pour le savoir) ne le suit pas.

Alors que le scantrad est là au départ pour faire découvrir des titres pas connus... mais beaucoup cachent leur désir de faire de l'audience (voire du fric via de l'e-pub pour certains) derrière des idéaux non tenus, c'est un peu dérangeant. Certaines teams françaises, si on regarde leur classement d'audience (selon le logiciel Alexa), ont des audiences équivalentes à Manga News...

On est bien au-delà du profit ou potentiel de profit nécessaire au paiement des serveurs. Les éditeurs sont peut-être opaques sur l'impact du scantrad sur leurs ventes, bien que ce soit plus de la méconnaissance que de la rétention d'infos en général, mais que dire des sites de scantrad ?

Leur existence ne me pose aucun problème en soi, pour les œuvres non licenciées ça a son intérêt, mais que certains jouent les moralisateurs et qu'ils embarquent avec eux une communauté naïve qui les voit comme des modèles économiques d'avenir, ça me chagrine davantage.

Bien sûr, je ne mets pas tout le monde dans le même panier, certains font ça avec un vrai esprit de découverte, mais bien souvent ces gens plus "respectueux" ne sont pas ceux qui râlent... et c'est là tout le paradoxe :/
Posté le 31 Août 2010 à 13h59Par allegas
Avatar de allegas
Pour ma part, je pense que c'est normal que les teams de scantrad se fasse tapper sur les doigts.

Car beaucoup trop de team ont perdus de vue le vrai but du scantrad.

Le scantrad selon moi, c'est quelqu'un qui a découvert un super manga et qui décide de le faire partager à d'autres.
Si on était rester dans ce principe il n'y aurait jamais eut de problème car au contraire, les éditeurs voyaient dans les scans qui étaient les plus ddl de possibles poules aux œufs d'or.

Mais le problème c'est que maintenant les teams ne cherchent plus à nous proposer de nouveaux mangas, elles veulent être connues, voire leurs stats exploser et donc font uniquement du bleach, du one piece, du naruto et j'en passe.

Biensure je stigmatise. Mais sincèrement comparé le scantrad d'aujourd'hui et d'il y a trois-quatre ans.
C'est plus beau, plus régulier dans les sorties. Mais qu'est-ce qu'on a perdue en choix.
Posté le 30 Août 2010 à 11h41Par Ramza
Avatar de Ramza
Pour répondre à "invité" (c'est pas pratique les anonymes ^^)

Le succès d'une oeuvre ou même d'un pan de culture comme le manga, s'est fait sans le scantrad. Dragon Ball, Akira, Ranma 1/2 ou encore Gunm et Video Girl Ai sont des oeuvres qui ont été des succès sans cela.

Pour qu'une oeuvre soit scantradée, elle l'est d'autant plus que le succès est au rdv au Japon. Hors si le succès est là, les éditeurs sont bien plus rapides et les négociations sont déjà quasi finies, dc un manga qui fonctionne n'a pas besoin du scan pour arriver chez nous. Pour les inconnus il peut y avoir débat cependant...

Et pour les animes, le simulcast et les webtv comme celle d'Ankama sont en bonne voie pour nous proposer des contenus gratuits dc pensez-y avant de vous jeter sur le fansub, c'est une alternative de plus en plus probante, qui rentre dans un système permettant la rémunération de l'auteur. La japanime est en crise mais le fansub n'est pas le seul responsable, ça on est d'accord, et certains l'utilisent pour cacher d'autres problèmes. Cependant je vois pas l'intérêt de tirer sur l'ambulance non plus, le nombre de personnes qui consomment sans acheter ou en achetant quasiment rien est tout de même important.

Et pour les éditeurs, arrêtez de leur coller l'étiquette de Big Brother qui veut nous pomper notre argent... Ils vendent des produits, certains le font bien et d'autres non. Donc incriminer un éditeur parce qu'il a fait telle arnaque, pas de souci, ça se trouve. Mais les mettre tous dans le même panier alors qu'il y a des passionnés qui se cassent le cul à 4 ou 5 pour un travail de 10, faut pas pousser non plus.

Et pour le lien auteur-éditeur... Kim a très bien parlé, je rajouterais qu'avant de demander le respect de votre porte-monnaie, pensez à celui des auteurs qui ont, eux, fourni quelque chose alors que nous ne sommes que consommateurs.

PS : et je ne suis pas soumis aux éditeurs ou leur porte-parole. Si un jour on débat sur le marketing manga-web, je me ferai un plaisir de dénoncer certaines pratiques débiles, mais là ce n'est pas le sujet.
Posté le 27 Août 2010 à 06h18Par Kim (invité)
Avatar de Invité
Il faudrait arreter un peu de croire que les maisons d'edition exploitent les auteurs. On n'est plus au 19eme siecle. Ceux qui connaissent un minimum le processus de production d'un manga doivent savoir que tout est question de collaboration etroite et de relation de confiance entre un mangaka et une maison d'edition.

Deuxieme point : au sein d'une maison d'edition, aucune decision d'utilisation de l'oeuvre n'est prise sans discussion prealable avec l'auteur sur les conditions d'utilisation de la-dite oeuvre, et ceci inclue les conditions financieres. Je le repete, les maisons d'editions ne sont pas, dans la grande majorite des cas, en conflit avec l'auteur, ne ramassent pas des montagnes de fric sur le dos de l'auteur, et ne s'approprient pas le droit de faire ce qu'elles veulent avec les oeuvres des mangakas.

Tout cela pour dire que ceux qui utilisent l'argument : "de toute facon les maisons d'edition ont beau dire qu'elles se battent pour les auteurs, en fait elles ne pensent qu'au fric", n'ont pas tout a fait raison. Oui, bien sur, il y a le probleme de l'argent, qui concerne non seulement la maison d'edition, mais aussi l'auteur. Mais il y a aussi le probleme du respect de la volonte de l'auteur. Et pour revenir a la question de l'argent, ce n'est pas une honte ni pour un auteur, ni pour une compagnie, de chercher a vivre de son oeuvre, surtout vu le temps, les efforts, et les investissements qui sont en jeu.

Un vrai fan achete la traduction officielle, patiente jusqu'a la traduction officielle, ou apprend le Japonais. Dans tous les cas, il remunere son auteur prefere pour lui permettre de vivre et de continuer son travaille. Et sans Shueisha, Kodansha ou Shogakukan, la qualite et la variete du manga ne serait pas ce qu'elle est.
Posté le 27 Août 2010 à 02h23Par Invité
Avatar de Invité
Je suis écoeurée par la lettre ouverte de la Sueisha. C'est d'une hypocrisie affligeante,du pur style nippon...En mentant aussi ouvertement (prétendant vouloir conserver l'âme des mangakas),ils deviennent carrément antipathiques. S'ils expliquaient honnêtement que c'est une histoire de fric, on aurait moins l'impression d'être pris pour des cons!
J'ai du mal à me positionner pour ou contre le scantrad, surtout s'il est vraiment responsable de la baisse des ventes. Cela dit, j'en doute. Je suis persuadée que les lecteurs de scantrads sont aussi les plus gros consommateurs de produits culturels nippons. Je lis bcp de scans, ce qui ne m'empêche pas de posséder une grande collection de mangas chez moi. Sans la gratuité du scantrad et du fansub, l'engouement pour les mangas,animés et dramas serait probablement moindre en Occident!
Qui achète un coffret de DVD cher sans avoir goûté à un épisode? Et dans le domaine de la musique, qui achète un CD sans avoir écouté un seul morceau du groupe concerné? A ce propos, je trouve consternant que les clips vidéos de certains groupes japonais très populaires soient retirés de Youtube très rapidement après leur mise en ligne. C'est pourtant une super pub, sur le site de vidéos le plus utilisé au monde! Quant aux dramas, heureusement qu'il reste des sites plus discrets et moins traqués par les grosses boîtes,comme Wat tv, Veoh ou Dailymotion,pour diffuser les Fansubs quand Youtube fait défaut. Sans ça, je n'aurais jamais fait connaissance avec les dramas japonais et coréens, ni n'aurait acheté des OST et des coffrets DVD. De l'argent en moins pour les boîtes, donc!