Kwaidan, Critique de la rédaction
Critique rédigée par The Duke le 04 Novembre 2009 (dernière modification le 21 Novembre 2009)A partir des écrits de l'irlandais Lafcadio Hearn, Masaki Kobayashi produit une œuvre en quatre temps, rythmée par la partition expérimentale de Toru Takemitsu, compositeur des mélodies du Dodes'kaden d'Akira Kurosawa.
Kwaidan d
onc, souvent considéré comme l’apogée
stylistique de Masaki Kobayashi, metteur en scène à l’univers cruel, humaniste rêveur à classer aux côtés de Kurosawa et de Miyazaki.
Le premier souffle, Les Cheveux Noirs, quête de pouvoir et d'abandon. Deuxième segment, La Femme Des Neiges, avec l’androgyne Tatsuya Nakadai, est une tranche de vie brisée par un secret dévoilé. Troisième conte, Hoichi Sans Oreilles, prière funèbre et jouissance nô porté par un jeune homme aveugle hanté par une armée de morts mélomanes. Quatrième et dernière portée fantomatique, Dans un Bol de Thé, clôturant une œuvre de plus de trois heures.
Les Cheveux Noirs
Un homme en quête de pouvoir abandonne son épouse simple couturière. La croissance d'herbes folles n’a pas fini de
cacher le désespoir. Le pouvoir en place est mené de main de maître par une princesse cruelle, un homme est promu mais rongé par le remord.
L'esthétisme de ce premier volet est un jaillissement, la caméra se fait souple, chaque plan est une prière rythmée par la partition expérimentale de Takemitsu. Les travellings sont fluides, Kobayashi manipule l’espace, les couleurs (l’ensemble du premier conte est réalisé en studio) sont ma
gnifiées par le chef opérateur Yoshio Miyajima, responsable de la photographie de L'Empire Des Passions de Nagisa Oshima.
Les Cheveux Noirs, c’est la femme, un symbole pur d’évocation sanguine et sensorielle, figure purement nippone que Kaneto Shindo exploitera à merveille dans son diamant brut Onibaba. Zooms et sons expérimentaux créent des focus sur le désordre interne d'âmes isolées et floues. Un homme entouré d'un tout. Masaki Kobayashi transcende son matériau filmique, la fusion chromatique entre expressionnisme et baroque fellinien franchit un point de non retour.
La Femme Des Neiges
Dans un second songe absent de l'exploitation de Kwaidan en salles, l’acteur fétiche de Kobayashi et de Kurosawa période Ran-Kagemusha interprète un apprenti coincé dans une tempête de neige et sauvé par une créature immaculée lui ordonnant de garder un secret.
Masaki Kobayashi fai
t enrager le climat, la neig
e d’un studio nommé Toho est plus réaliste que la neige naturelle. Au détour d'une route baignée par un soleil rouge sang, le jeune homme trouvera la femme de sa vie jusqu’à un probable dénouement sacrificiel.
La femme chez Kobayashi est muette, presque infirme. Ses sentiments sont enfouis tout au fond de ses entrailles, sa chevelure est une armure. La Femme Des Neiges noie le spectateur dans des courants d'onirisme silencieux, chaque plan est un mystère. La poésie de ce second conte fait enfler les âmes.
Hoichi Sans Oreilles
Emblème d'un déchaînement filmique en quatre temps, tourné en studio et en extérieurs, Hoichi Sans Oreilles a contribué à la renommée internatio
nale du film de Kobayashi.
Chaque nuit, les morts d'une armée vaincue viennent hanter un jeune luthier afin qu’il leur joue sur un mode nô chaque instant de leur défaite.
Les acteurs Takashi Shimura et Tetsuro Tamba traverseront ce troisième segment, Shimura incarnera un mentor faisant appel aux forces vitales du bouddhisme et Tamba le représentant évanescent d'une
armée de morts nostalgiques de leur dernière bataille.
Kobayashi filme son segment le plus long, prodigieuse fable macabre, prise dans un déferlement d'esprits méloma
nes. S'ouvrant sur une mer agitée, ce conte se veut hypnotique et habité. Masaki Kobayashi magnifie
chaque décor, des zooms violents capturent des personnages s'aventurant
hors de leur dimension, les mélopées de Takemitsu sont un bourdonnement énivrant, poussant l’étrange et le spectral à leur paroxysme. A l'orée des années 80, le visage de Katsuo Nakamura (interprète du personnage de God dans le triptyque bancal 20th Century Boys) recouvert de soutras inspirera le grand John Milius pour l'exorcisme de son intemporel Conan Le Barbare. Un corps chétif, un stratagème divin qui
repoussera l'armée de Taira.....
Dans Un Bol De Thé

Dernière salve hypnotique, Dans Un Bol De Thé est le segment le plus court de Kwaidan. Dans un bol de thé justement, il est possible de voir des visages. Le thé comme moyen d'avaler l'âme des gens, l'auteur à qui on 'boira' la vie.
Kwaidan d
onc, souvent considéré comme l’apogée
stylistique de Masaki Kobayashi, metteur en scène à l’univers cruel, humaniste rêveur à classer aux côtés de Kurosawa et de Miyazaki. Le premier souffle, Les Cheveux Noirs, quête de pouvoir et d'abandon. Deuxième segment, La Femme Des Neiges, avec l’androgyne Tatsuya Nakadai, est une tranche de vie brisée par un secret dévoilé. Troisième conte, Hoichi Sans Oreilles, prière funèbre et jouissance nô porté par un jeune homme aveugle hanté par une armée de morts mélomanes. Quatrième et dernière portée fantomatique, Dans un Bol de Thé, clôturant une œuvre de plus de trois heures.
Les Cheveux Noirs
Un homme en quête de pouvoir abandonne son épouse simple couturière. La croissance d'herbes folles n’a pas fini de
cacher le désespoir. Le pouvoir en place est mené de main de maître par une princesse cruelle, un homme est promu mais rongé par le remord. L'esthétisme de ce premier volet est un jaillissement, la caméra se fait souple, chaque plan est une prière rythmée par la partition expérimentale de Takemitsu. Les travellings sont fluides, Kobayashi manipule l’espace, les couleurs (l’ensemble du premier conte est réalisé en studio) sont ma
gnifiées par le chef opérateur Yoshio Miyajima, responsable de la photographie de L'Empire Des Passions de Nagisa Oshima. Les Cheveux Noirs, c’est la femme, un symbole pur d’évocation sanguine et sensorielle, figure purement nippone que Kaneto Shindo exploitera à merveille dans son diamant brut Onibaba. Zooms et sons expérimentaux créent des focus sur le désordre interne d'âmes isolées et floues. Un homme entouré d'un tout. Masaki Kobayashi transcende son matériau filmique, la fusion chromatique entre expressionnisme et baroque fellinien franchit un point de non retour.
La Femme Des Neiges
Dans un second songe absent de l'exploitation de Kwaidan en salles, l’acteur fétiche de Kobayashi et de Kurosawa période Ran-Kagemusha interprète un apprenti coincé dans une tempête de neige et sauvé par une créature immaculée lui ordonnant de garder un secret.
Masaki Kobayashi fai
t enrager le climat, la neig
e d’un studio nommé Toho est plus réaliste que la neige naturelle. Au détour d'une route baignée par un soleil rouge sang, le jeune homme trouvera la femme de sa vie jusqu’à un probable dénouement sacrificiel. La femme chez Kobayashi est muette, presque infirme. Ses sentiments sont enfouis tout au fond de ses entrailles, sa chevelure est une armure. La Femme Des Neiges noie le spectateur dans des courants d'onirisme silencieux, chaque plan est un mystère. La poésie de ce second conte fait enfler les âmes.
Hoichi Sans Oreilles
Emblème d'un déchaînement filmique en quatre temps, tourné en studio et en extérieurs, Hoichi Sans Oreilles a contribué à la renommée internatio
nale du film de Kobayashi. Chaque nuit, les morts d'une armée vaincue viennent hanter un jeune luthier afin qu’il leur joue sur un mode nô chaque instant de leur défaite.
Les acteurs Takashi Shimura et Tetsuro Tamba traverseront ce troisième segment, Shimura incarnera un mentor faisant appel aux forces vitales du bouddhisme et Tamba le représentant évanescent d'une
armée de morts nostalgiques de leur dernière bataille. Kobayashi filme son segment le plus long, prodigieuse fable macabre, prise dans un déferlement d'esprits méloma
nes. S'ouvrant sur une mer agitée, ce conte se veut hypnotique et habité. Masaki Kobayashi magnifie
chaque décor, des zooms violents capturent des personnages s'aventurant
hors de leur dimension, les mélopées de Takemitsu sont un bourdonnement énivrant, poussant l’étrange et le spectral à leur paroxysme. A l'orée des années 80, le visage de Katsuo Nakamura (interprète du personnage de God dans le triptyque bancal 20th Century Boys) recouvert de soutras inspirera le grand John Milius pour l'exorcisme de son intemporel Conan Le Barbare. Un corps chétif, un stratagème divin qui
repoussera l'armée de Taira.....Dans Un Bol De Thé

Dernière salve hypnotique, Dans Un Bol De Thé est le segment le plus court de Kwaidan. Dans un bol de thé justement, il est possible de voir des visages. Le thé comme moyen d'avaler l'âme des gens, l'auteur à qui on 'boira' la vie.





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Quatre songes purs et hypnotiques par le metteur en scène de La Condition de L'Homme. Kwaidan est une expérience.


